[Baudelaire (Charles)] - Lot 8

Lot 8
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[Baudelaire (Charles)] - Lot 8
[Baudelaire (Charles)] Ɵ Correspondance de Madame Paul Meurice à Charles Baudelaire. Trois lettres autographes signées, 12 pages in-8°, 1865. Chemise de Devauchelle. Virevoltante correspondance affectueuse tentant de faire revenir à Paris le poète parti en Belgique, peu avant son attaque, et décrivant avec humour et réalisme la vie artistique parisienne autour d'Édouard Manet, enrichie d'une étude du frontispice de Félicien Rops pour Les Épaves. Trois lettres autographes signées [à Charles Baudelaire], dont une portant une apostille autographe de celui-ci [1865]. Chacune également avec apostille autographe de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident du poète. La correspondance est complète. Madame Paul Meurice, née Éléonore-Palmyre Granger (1819-1874), était la fille du peintre Jean-Pierre Granger, camarade d'Ingres à l'École de Rome, élève de David et de Regnault, ami du père de Baudelaire. Elle épousa Meurice en 1844, et Ingres fit son portrait la veille de son mariage. « De la grâce, du sérieux, une vie intérieure, le sens de l'indépendance et de la dignité », selon Claude Pichois (Lettres à Baudelaire, La Baconnière, 1973, où ces lettres ont été publiées). Après le retour à Paris de Baudelaire, frappé d'aphasie, c'est elle qui, avec l'épouse de Manet, s'efforça de distraire le poète en lui jouant du Wagner au piano, sur la suggestion de Champfleury. Celui-ci rapporta à Poulet-Malassis en août 1866 que « l'effet fut tel que celui que j'attendais » », la pianiste parvenant à captiver son auditeur en interprétant Tannhäuser. Si l'on excepte quelques lettres isolées de Madame Manet mère, Suzanne Manet, et George Sand, ces lettres de Madame Meurice constituent la seule correspondance de femme à Baudelaire avec celle de Madame Sabatier (4 courtes lettres autour de leur liaison avortée). De l'ensemble des lettres à Baudelaire, cette correspondance est une des plus riches par son intime complicité et par les informations sur la vie artistique, de Manet à Wagner, en passant par Fantin-Latour, Bracquemond, Astruc, le commandant Lejosne, Champfleury, ou Saint-Victor. Manet y est omniprésent. Avec les lettres de Sainte-Beuve, Mendès et Manet, il s'agit de la plus importante correspondance reçue par Baudelaire à Bruxelles à la fin de sa vie. Première lettre : [Paris, circa 5 janvier 1865.] Quatre pages sur un bifeuillet, 18,6 × 12,4 cm. Quelques très petits trous, peut-être d'épingle, avec atteinte sans gravité à quelques lettres. En haut de la première page, de la main de Narcisse Ancelle : « 1865 ou 1866 C'est de Mme Paul Meurice » Puis, toujours de la main d'Ancelle, sur la troisième page, en marge : « musiciens ». Peut-être la lettre la plus intime. Elle offre une peinture précieuse du milieu parisien dont Baudelaire était familier. Elle répond aux vœux que Baudelaire avait envoyés le 3 janvier. La première phrase fait écho à la fin de la lettre du poète, dans laquelle il évoquait sa réputation en Belgique - agent de police, pédéraste, correcteur d'épreuves pour des ouvrages infâmes, parricide et cannibale -, les « folies » auxquelles Madame Meurice fait allusion. « Si, cher Monsieur, je vous écris, et je le fais sans être embarrassée. Ce n'est point mon esprit qui a la prétention de vous répondre, c'est ma simplicité et ma bonhomie habituelles. Dès que j'ai reconnu à l'adresse votre écriture j'ai éprouvé une vraie joie et je vous le dis tout de suite pour vous en remercier. Le timbre de Bruxelles m'a un peu attristée ; vous êtes toujours loin de nous mais vous pensez à moi quelquefois et vous avez un besoin de me le prouver aujourd'hui, cela ne me suffit pas, mais me ferait prendre patience. J'ai souri d'abord en lisant vos folies, en les relisant j'ai éprouvé comme une espèce de pitié, ne vous rebiffez pas cette pitié n'a rien de blessant au contraire. Me suis-je trompée, il m'a semblé que vous avez une souffrance et que vous auriez eu le désir de me la raconter. Mais votre défiance, votre fierté vous ont retenu de le faire, avec moi, c'est mal. Vous devez me connaître assez pour savoir que je ne ris pas toujours et que je suis votre vieille amie. Voyons, que faites-vous à Bruxelles ? rien. Vous y mourez d'ennui et ici on vous attend impatiemment. Quel fil vous tient donc par l'aile attaché à cette stupide cage belge ? Dites-le nous simplement. Le petit groupe qui vous regrette tant ne demanderait pas mieux que d'aider à couper ce fil si c'est possible. Que faut-il ? est-ce un passe ? nous l'aurons. Faut-il vous faire réclamer par la police ou la force armée ? Encore une fois, revenez-nous, vous nous manquez. Manet découragé déchire ses meilleures études, Bracquemont [Braquemond peignit un portrait de Madame Meurice en 1865] ne discute plus, j'éreinte mon piano espérant que les sons arriveront jusqu'à vous et vous attireront. Nous faisons de la musique tous les 15 jou
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