Rilke (Rainer Maria)

Lot 58
Aller au lot
Estimation :
17000 - 25000 EUR
Résultats avec frais
Résultat : 29 066EUR
Rilke (Rainer Maria)
Auguste Rodin. Die Kunst - Sammlung Illustrierter Monographien, herausgegeben von Richard Muther, Julius Bard, Berlin, 1903. Deux photogravures (dont le fameux portrait photographique de Rodin par Edward Steichen) et six reproductions photographiques hors texte. Édition originale (16,4 x 12,5 cm). Reliure d'époque toilée marron foncé, titrée or au dos, étui. Exceptionnel exemplaire adressé à Lou Andreas-Salomé, la grande passion de Rilke, lequel avait épousé une élève de Rodin et travaillera un peu plus tard comme son secrétaire, avec un émouvant envoi sous forme de poème. La plus belle association possible pour un ouvrage de Rilke, à propos duquel Lou lui répondit aimer ce livre plus que tous les autres. Le livre fut adressé par Rilke à Lou Andreas-Salomé le 1er août 1903 depuis Worpswede, en Basse-Saxe, où il séjournait avec sa femme Clara (« Le petit livre sur l'œuvre de Rodin que je vais t'envoyer aujourd'hui te racontera aussi beaucoup [...] le livre sur Rodin doit rester près de toi »). Il contenait sous forme d'envoi ce poème : « Ich will von Leben eines schönen Dingen / Ehrfuchtig reden weil ich sehr begehre / Dass ich bei Dingen Ding geworden war / Statt alles Willens von der stillen Schwere / Gehalten unter Stilles und Geringes / Worpswede. Im Sommer 1903 » [Je veux parler de la vie comme d'une jolie chose / avec un profond respect car je désire fortement / devenir une chose au milieu des choses / au lieu de toutes les volontés des pesanteurs silencieuses / préservé sous le silence et la faiblesse.] Rilke envoya cet exemplaire à Lou en compagnie de son livre sur Worpswede et son cercle d'artistes (son exemplaire personnel), publié au même moment. Le 8 août, n'ayant pas encore reçu de retour de Lou, Rilke lui écrivait en écho au poème figurant sur l'exemplaire du Rodin : « Seules les choses me parlent, les choses de Rodin, les choses dans les cathédrales gothiques, les choses antiques, et toutes les choses qui sont des choses achevées ». Mais Lou lui avait déjà répondu la veille en exprimant son enthousiasme pour ce livre, et lui confiant même qu'il était celui qu'elle préférait à tous les autres : « Cher Rainer, alors que ton livre arriva et que je le découvris, il me sembla que je ne pouvais pas t'écrire longuement ! Je me voudrais dans une plus longue tranquillité pour le lire en entier, ce petit livre gros de plusieurs milliers de pages et que j'aime incroyablement, peut-être - non, sans réserve - que je préfère parmi tous tes livres publiés ». Cette appréciation fit un plaisir immense à Rilke, qui écrivit à Lou le 10 août : « D'apprendre que mon petit livre sur Rodin t'est cher, Lou, fut pour moi une joie indicible. Tu as tellement magnifiquement raison, chère Lou : Avec cet immense exemple, que mon art n'offre aucun moyen de suivre directement, je souffre d'exprimer cette impossibilité ». Rainer Maria Rilke (1875-1926) rencontra Lou Andreas-Salomé (1861-1937) en 1897. Il fut aussitôt subjugué par cette femme exceptionnelle, dont Nietzsche, Wedekind et tant d'autres s'étaient épris. Leur liaison dura jusqu'en 1901, mais cet amour se transforma en amitié indélébile et toute de confidences jusqu'à la mort du poète d'une leucémie à la clinique Valmont en 1926. Cet ouvrage sur Auguste Rodin constitue une association comme il y en a peu entre un poète et un artiste. Sous la plume de Rilke, Rodin devient le héros d'une épopée artistique dans la lignée de ses modèles, de Dante à Baudelaire. Rilke rencontra Rodin à la Sécession de Vienne en 1901, avant de devenir un moment le secrétaire du sculpteur quelques années plus tard. Cette découverte du grand sculpteur lui permit d'élaborer une relation subtile entre la forme plastique et la vie intérieure. C'est pourquoi cet essai fut pour Rilke autant un livre sur lui-même que sur Rodin, ce que ne manqua pas de relever Lou dans ses lettres à son ami. Jupp Schlicker, spécialiste de Rilke et ancien propriétaire de l'exemplaire de Lou du Rodin, a étudié en détail la trajectoire de celui-ci. Il ne figurait pas dans les archives que ramassèrent les Nazis à Göttingen quelques jours après la mort de Lou en 1937, et qui furent jetées pêle-mêle dans la cave de l'hôtel de ville. Comme le relevait son ami et biographe Ernst Pfeiffer, Lou n'avait rien d'une collectionneuse, et au cours de sa vie elle avait souvent donné plusieurs documents et ouvrages qu'elle possédait, en particulier à son amie balte de Riga Helene Klingenberg- von Klot-Heydenfeld (y compris des manuscrits des Élégies de Duino, qui aboutirent ensuite à la Fondation Bodmer) et vraisemblablement le Rodin. Celle-ci resta à Berlin jusqu'en 1943, se réfugiant ensuite dans un petit village du Mecklenbourg pour échapper aux bombardements, où elle mourut en 1946. Plusieurs ouvrages de sa bibliothèque passèrent à cette époque dans la vieille famille berlinoise von Brockdorff, dont l
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de vente
Retourner au catalogue