Léger (Fernand)

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Léger (Fernand)
Ɵ Lettre de guerre autographe signée à Maurice Raynal. Neufour-Argonne, 8 février 1915. 4 pages in-8 (21,3 x 13,3 cm) sur un bifeuillet de papier quadrillé. Chemise de Devauchelle. Extraordinaire longue lettre inédite pleine d'humour, écrite depuis le front au critique Maurice Raynal, faisant défiler Ricciotto Canudo, Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, André Salmon, André Mare, Jacques Nayral, Filippo Tommaso Marinetti, Henri Kahnweiler, et les Garibaldi sur toile de fond de la Grande Guerre. Mobilisé en août 1914 comme sapeur dans le génie puis envoyé dès octobre combattre à Argonne, Fernand Léger (1881-1955), qui restera simple soldat jusqu'en 1917, se plaint déjà, en février 1915 : “C'est trop long cette histoire là...” Il fait part de son passage au service médical, où il sera brancardier, puis relate avec ironie le déploiement dramatique de la légion Garibaldi, un corps de volontaires italiens commandés par les petits-fils de Garibaldi. Mise en déroute par les armées allemandes, cette unité fut aussitôt placée en retrait avant d'être dissoute lors de l'entrée en guerre de l'Italie. Il rapporte avec le même humour sa rencontre avec l'écrivain Ricciotto Canudo, fondateur de la revue Montjoie ! à laquelle Léger avait contribué avant-guerre, avant d'évoquer Apollinaire, Salmon, Picasso, Mare et les Futuristes, et de s'excuser avec humour d'avoir inversé une syllabe dans son nom ce qui a fait confondre son correspondant Maurice Raynal avec le poète Jacques Nayral qui venait d'être tué au front. Près de 20 ans avant Voyage au bout de la nuit, le style quasi célinien de cette lettre est presque aussi frappant que les anecdotes qu'elle rapporte : « Mon cher Raynal, J'ai vu ta carte hier soir. Je suis content d'avoir de tes nouvelles. Si je ne t'ai pas répondu plus tôt c'est pour une raison très majeure : notre dépôt d'explosifs a sauté avec une quinzaine de maisons derrière. Mon cantonnement faisait partie de ces 15 maisons et tout a été détruit. Par hasard tous les bonshommes étaient dehors et il y a eu peu de dégâts [...] Peut-être t'as [t'on] dit que je suis passé au Service Médical de la Cie, par conséquent j'ai abandonné le service actif pour un fourbi plus prosaïque mais moins éreintant. J'ai passé le plus mauvais de l'hiver au cantonnement dans des conditions possibles mais où je m'emmerde copieusement. C'est trop long cette histoire là : et les héroïques sapeurs commencent à en avoir plein les pieds comme les camarades. Par exemple nous avons eu quelques diversions de qualité. C'est ma Cie qui était au plateau de Balande avec les Garibaldiens le jour de la mort de Bruno c'était très bien cette affaire là. Ils y sont allés tous droits comme des romantiques avec des clairons et des grands gestes. Ils ont été reçus tu sais comment ; leur manière périmée a tout de même de l'allure, ils ont fait de l'histoire et nous de la politique. Tout le monde est content : mais je ne croyais pas que cette manifestation aurait pour effet d'amener Canudo en Argonne. Il m'était déjà apparu en carte postale sur un grand cheval avec trois galons. Je l'avais trouvé très ridicule. Je l'ai vu ici, en somme il est comme les autres. Même il est monté au front et parait-il il s'y est très bien comporté. Bravo Canudo ! Mais j'apprends par Jeanne [Jeanne Lohy, que Léger épousera a en 1919] qu'il est maintenant à Paris avec le reste des fils Garibaldi. C'est déplorable. Ces gens-là sont en train de gaspiller un très beau geste. Ils me font penser aux Futuristes de Marinetti, à toute cette bande. Et naturellement on les utilise, et comment. Le capitaine Canudo a eu des mots admirables. Je le rencontre, il arrivait et il demande de la manière la plus naturelle du monde : Où peut-on manger ici ? Et comme il n'y avait pas de restaurant Chartier dans les environs j'ai fini par lui servir les qq œufs que son ordonnance a fait cuire. Il arrivait là comme s'il sortait de Montjoie avec des soucis d'éviter la boue qui m'amusaient beaucoup. Il n'était vraiment pas à la page et je doute qu'il fasse un grand capitaine. Autre surprise, j'apprends que Salmon est devenu mitrailleur. Sais-tu l'adresse d'Appolinaire [sic] ? il est artilleur à Nîmes dans les formations d'artillerie lourde. Il ne manque plus que Picasso, mais Picasso est espagnol. C'est très grand les Espagnols et... il n'y a pas d'uniformes ! [...] J'ai deux désirs : je voudrais voir des rues éclairées et des pissotières. Et aussi je trouve qu'il serait épatant d'en revenir de cette affaire là. Rien que pour ceci : faire une nature morte avec des trucs Boches que j'ai dans mon sac. Et la vendre à Kahnweiler ! Fernand Léger ». La guerre fut très importante dans l'évolution de l'art de Léger, qui rapporta que depuis ce temps-là, il s'était focalisé sur « l'objet » et le « réel utile » alors qu'avant d'être sous les drapeaux, il évoluait vers une for
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