École francaise du XIXe siÈcle, - Lot 10

Lot 10
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Estimation :
20000 - 30000 EUR
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École francaise du XIXe siÈcle, - Lot 10
École francaise du XIXe siÈcle, Entourage de Delacroix Portrait de Frédéric Chopin (1810-1849) Crayon noir 21 x 16 cm Annotation au crayon en bas au centre Une amitié triangulaire au cœur du romantisme: Nohant comme laboratoire Le contexte dans lequel ce dessin fut exécuté est éminemment célèbre.Le dessin s'inscrit dans l'intimité de la «famille recomposée» de George Sand. Entre 1838 et 1847, le domaine de Nohant devient le refuge estival du couple Sand-Chopin, où ils accueillent régulièrement Eugène Delacroix. Après sa rupture avec Alfred de Musset en 1836 et avant le début de sa liaison avec Frédéric Chopin, George Sand fréquente avec assiduité Delacroix. Delacroix connaissait de son côté Chopin avant que George Sand ne soit séduite par «le Raphaël de la musique», comme le surnommait Henri Heine. Delacroix adorait Chopin et resta fidèle à son amitié après la séparation d'avec George Sand. Delacroix commença les portraits de Sand et Chopin au début de juillet 1838, quelques mois après leur coup de foudre. Le tableau, resté à l'état d'ébauche, représentait George Sand debout aux trois-quarts, auprès de Chopin assis au piano. Raymond Escholier nous précise dans sonDelacroix(Paris, ed.Floury, 1927) que Chopin avait fait porter en juillet dans l'atelier de Delacroix situé alors 17 rue des Marais-Saint-Germain (17 rue Visconti de nos jours; Delacroix y avait emménagé en 1836) un piano Pleyel pour jouer pendant qu'il posait. Mutilées à jamais, les deux figures de la composition subsistent, odieusement découpées par les descendants du peintre Dutilleux. La tête de Chopin conservée au Louvre est très proche de celle que l'on peut voir sur ce dessin. Ce dernier, à défaut d'avoir été tracé par le maître, imite de manière si prégnante le style de Delacroix qu'il ne peut qu'avoir été exécuté par un proche. On songe à Maurice, le fils de George Sand, qui était alors l'élève de Delacroix. En janvier 1841, les amants magnifiques s'installent rue Pigalle. Delacroix y court dès qu'il peut. George Sand nous donne le témoignage de la relation de ces deux grands artistes: «Chopin et Delacroix s'aiment, on peut dire, tendrement. Ils ont de grands rapports de caractère et les mêmes grandes qualités de cœur et d'esprit. Mais en fait d'art, Delacroix comprend Chopin et l'adore. Chopin ne comprend pas Delacroix. Il estime, chérit et respecte l'homme; il déteste le peintre. Delacroix, plus varié dans ses facultés, apprécie la musique; il la sait, il la comprend; il a le goût sûr et exquis. Il ne se lasse pas d'écouter Chopin, il le savoure, il le sait par cœur. Cette adoration, Chopin l'accepte et il en est touché; mais quand il regarde un tableau de son ami, il souffre et ne peut trouver un mot à lui dire» (George Sand,Impressions et souvenirs). Maurice est toujours l'élève assidu de Delacroix. En 1842, alors que Delacroix est invité à séjourner à Nohant, il peint uneSainte Anne ou l'Education de la Viergeque Maurice copie à mesure de son avancement, pour s'imprégner du style du maître. C'est le tableau de Maurice, retouché par Delacroix, qui prend place dans l'église de Nohant. Parallèle stylistique : Du croquis au chef-d'œuvre du Louvre Le dessin présente des similitudes frappantes avec le célèbre portrait à l'huile réalisé par Delacroix en 1838 (aujourd'hui au Louvre). On y retrouve ce profil tourné vers l'avenir (ou vers l'inspiration), capturant Chopin dans un moment de suspension mélancolique. Comme dans le tableau du Louvre, l'accent est mis sur la chevelure abondante et la ligne du nez, éléments iconographiques indissociables de l'image de Chopin à cette époque. Delacroix, en «innovateur et oseur par excellence» selon Sand, utilise le dessin pour «pénétrer les choses». Ce dessin témoigne de cette quête de vérité organique propre à l'école romantique, où le trait exalte la puissance intérieure du modèle. Ce portrait de Chopin dépasse la simple représentation pour devenir une allégorie du génie souffrant et de l'exil polonais, thèmes chers au compositeur durant ses étés à Nohant. Maurice Sand ou Eugène Delacroix : La «Charge» du génie L'attribution du dessin oscille entre le maître, Delacroix, et l'élève, Maurice Sand (fils de George). Cette hésitation est au cœur de l'intérêt de l'œuvre. L'art de la «charge» : Au XIXe siècle, la caricature est un exercice de style prisé dans le cercle de Nohant pour souligner un trait de caractère ou une force créatrice. Maurice Sand, l'élève dévoué : surnommé «Mauricot», Maurice est l'élève de Delacroix dans son atelier parisien. Il a abondamment croqué Chopin, notamment dans des scènes de genre familiales où il accentue les traits du musicien — nez proéminent, menton fuyant — pour en faire ressortir la singularité. L'auteur de ce profil ascendant traduit sa volonté d'exalter le génie de Chopin. En «chargeant» le
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