Elaine STURTEVANT (1924-2014) - Lot 19

Lot 19
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Estimation :
60000 - 80000 EUR
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Elaine STURTEVANT (1924-2014) - Lot 19
Elaine STURTEVANT (1924-2014) Peinture à Haute Tension, 1969 Acrylique et flocage marouflé sur toile et néon, signé, titré et daté au dos 162 x 96,5 x 10 cm Cette œuvre fait partie de la première édition de huit exemplaires. (Restaurations) Provenance : - Collection Arman - Succession Eliane Radigue Bibliographie : - C. Duparc, Faites le vous-même, in Le Nouvel Observateur, Paris, 17 mars 1969. - Aspects de l'art du XXe siècle, catalogue d'exposition, Meymac, Abbaye Saint André Centre d'Art Contemporain, 1991 (un autre exemplaire illustré p. 127). - L. Maculan, Sturtevant Catalogue raisonné 1964-2004, Painting sculpture film and video, Ostfildern-Ruit, 2004, No. 377 (illustré en couleurs p. 149). Peinture à haute tension est un tableau réalisé par le peintre français Martial Raysse en 1965. Un portrait en gros plan d'une femme aux cheveux noirs se dégageant sur un fond bleu foncé, est exécuté sur toile à partir d'unephotographie, de peinture fluorescente, de poudre de flocage et d'un néon allumé dont la forme épouse le contour des lèvres entrouvertes du sujet. Dès la fin des années 1960, il est copié par l'artisteaméricaine Elaine Sturtevant dans le cadre de sa démarche appropriationniste. Elaine Sturtevant réalise Raysse Peinture à haute tension quatre ans seulement après l'original de Martial Raysse qui commence à intégrer les néons dans ses créations. Bien avant que les questions de "copier-coller" ou d'intelligence artificielle ne hantent le monde de l'art, Elaine Sturtevant a posé une question radicale : où réside l'essence d'une œuvre ? Dès 1964, elle commence à reproduire, de mémoire et avec une précision technique troublante, les œuvres de ses contemporains (Warhol, Stella, Oldenburg..., puis Raysse) Sturtevant ne cherche pas le plagiat, mais la répétition. Son but n'est pas de créer un double, mais de déclencher un séisme intellectuel. En reproduisant l'image, elle l'annule en tant qu'objet unique pour ne donner à voir que le concept. Elle force le spectateur à regarder au-delà du "style" pour comprendre la structure même de l'art. Comme elle le disait elle-même : «Je ne fais pas de copies. Je sors l'œuvre de son contexte pour en révéler la puissance.» En s'appropriant les codes de Martial Raysse — le mélange de la peinture acrylique, du flocage et l'irruption du néon — Sturtevant s'attaque à l'icône du Pop Art européen. Ce choix est stratégique : Raysse travaillait déjà sur l'idée de "l'hygiène de la vision" et la beauté standardisée. En "rejouant" Raysse en 1969, Sturtevant souligne l'aspect publicitaire et consommable de l'art de son époque. Longtemps boudée par les institutions qui voyaient en elle une faussaire, elle a finalement reçu le Lion d'or à la Biennale de Venise en 2011, consacrant son rôle de pionnière de l'Appropriationnisme. Contrairement à un faussaire, elle ne cachait jamais son identité. L'intérêt réside dans le décalage : c'est un Sturtevant, représentant un Raysse. C'est la technique du simulacre. Ses reprises de Raysse sont des pièces historiques car elles marquent le dialogue entre les scènes américaines et françaises des années 60. Lorsque les gens demandaient à Andy Warhol comment il réalisait ses sérigraphies, il répondait souvent avec malice : «Je ne sais pas, demandez à Elaine (Sturtevant)». Un adoubement ultime pour celle qui avait compris le processus de Warhol mieux que quiconque. Il existe au total 36 exemplaires répertoriés, répartis comme suit : 4 séries de 8 exemplaires (soit 32 tableaux) et 1 série de 4 exemplaires. Chronologie des éditions : - Les séries ont été échelonnées dans le temps, ce qui explique les variations de dates que vous trouverez sur le marché (1968, 1969 ou 1970) - La première édition (1969) : 8 exemplaires ont été présentés lors de son exposition historique à la Galerie Claude Givaudan à Paris en 1969, intitulée "Sturtevant. Huit Tableaux et un Prototype". - La deuxième édition (1970) : devant le succès (ou le scandale) de la première, une seconde série de 8 exemplaires a été produite et exposée dans la même galerie l'année suivante. Contrairement à l'œuvre "originale" de Raysse (qui est une pièce unique de 1965), Sturtevant utilise ici la multiplication comme une arme conceptuelle. Elle applique à Raysse la logique industrielle d'Andy Warhol. En produisant plusieurs séries de 8, elle désacralise l'objet d'art et souligne que ce qui compte, c'est la structure de l'image et non sa rareté physique. Elaine Sturtevant et Eliane Radigue Deux parcours à contre-courant Née à Lakewood (Ohio),Elaine Sturtevant— qui signait ses œuvres de son seul nom de famille — reste l'une des figures les plus radicales et les plus provocantes de l'art du XXe siècle. Bien qu'elle ait commencé sa carrière dans les années 1960 au cœur de l'effervescence new-yorkaise, sa reconnaissance fut tardive, à la mesure de l
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