École flamande du XVIIe siècle, suiveur de Pieter BRUEGHEL - Lot 54

Lot n° 54
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École flamande du XVIIe siècle, suiveur de Pieter BRUEGHEL - Lot 54
École flamande du XVIIe siècle, suiveur de Pieter BRUEGHEL Les proverbes flamands Huile sur toile 113,5 x 162 cm Provenance : - Vente anonyme, Sotheby's, New York, 31 octobre 1981, lot 91 Bibliographie : - K. Ertz, Pieter Brueghel Der Jungen, Lingen, 2000, tome I, p. 75, n° A 24. Ce spectaculaire tableau illustre une centaine de proverbes, dictons et expressions populaires. L'original de cette composition inventé par Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569) en 1559 est conservé à la Gemäldegalerie Alte Meister à Berlin1. Considéré comme le successeur de Hieronymus Bosch, Brueghel est sans doute l'un des artistes les plus importants de son temps. Ce tableau s'inscrit dans un engouement sans précédent au XVIe siècle pour la collecte de proverbes notamment grâce au succès des Adages d'Érasme. Cette composition très populaire a connu de nombreuses versions réalisées par lui, par son fils, Pieter II Brueghel (1564-1638) et son atelier et leurs disciples. Klaus Ertz recense notre tableau parmi une vingtaine dans son ouvrage consacré à l'artiste2. Il le décrit comme une oeuvre dans la lignée des Brueghel, un peu dur et aux détails précis3. En 1559 et 1560, Brueghel réalise trois grands tableaux, Les Proverbes, modèles de notre tableau, Le Combat de Carnaval et Carême et Les Jeux d'enfants, conservés au Kunsthistorisches Museum à Vienne4, qui marquent le début d'une production qui le rendit célèbre jusqu'à aujourd'hui. Il établit un nouveau genre, l'énigme visuelle ou Wimmelbilder. Il transpose à grande échelle et en peinture une tradition qui n'existait alors que dans la gravure ou dans la littérature. Presque toutes les versions des Proverbes actuellement reconnues comme autographes ou de Pieter II Brueghel et son atelier, neuf selon Klaus Ertz, sont de dimensions très proches de l'original. Notre tableau a également ce format. De même, environ la moitié des versions actuellement considérées comme autographes sont sur toile et non sur panneau. Rebecca Duckwitz a consacré une étude détaillée de la production en série de cette composition dans le catalogue de l'exposition du Bonnefantenmuseum à Maastricht, Brueghel Enterprises5. Il est aujourd'hui admis que le dessin de l'oeuvre original a été repris et reproduit par Brueghel le Jeune à l'aide d'une matrice, un carton préparatoire ou un dessin extrêmement détaillé hérité de son père, ce qui n'empêchait pas de petites modifications ou ajouts. Le présent tableau est réalisé sur une toile et correspond suffisamment aux versions autographes pour suggérer qu'il faisait lui aussi partie d'une production en série basée sur un dessin transféré. Dans cette composition, cent proverbes et expressions sont mis en scène et sont intelligemment liés entre eux. Le tableau a longtemps été connu sous d'autres titres dérivés de ses motifs les plus marquants notamment Le Manteau bleu, au centre, une jeune femme drape un manteau bleu sur les épaules de son vieux mari, une expression signifiant qu'elle le trompe, ou encore Le Monde à l'envers symbolisé sur la façade de l'auberge à gauche par un globe terrestre fixé avec sa croix pointant vers le bas. Parmi les nombreux autres dictons illustrés, on y trouve l'homme qui « pisse contre la lune » à sa fenêtre, signifiant perdre son temps dans des entreprises futiles, sa tête bandée représente « avoir mal aux dents derrière l'oreille », ce qui signifie être un trompeur. On trouve également « se confesser au diable » qui signifie faire des confidences à un ennemi. Klaus Ertz a identifié et décrit presque toutes ses expressions dans son catalogue consacré aux Brueghel. Né sous le règne de Charles Quint, Brughel a connu son pays calme et prospère puis appauvri et en guerre. À l'instar d'Erasme, son contemporain, Brueghel pense que la folie et la tromperie sont à l'origine de tous les malheurs de l'humanité. Cette composition, sous ses aspects joyeux et amusant, critique de manière acerbe et pessimiste la réalité du monde qui l'entoure. Par sa densité étourdissante, elle témoigne également de la fascination qui dure jusqu'à aujourd'hui pour les accumulations encyclopédiques comparables au cabinet de curiosités. Enfin, il s'agit surtout d'une oeuvre interactive, le spectateur est invité à s'approcher du tableau pour le décoder, reconnaitre les innombrables dictons cachés et en tirer à la fois du plaisir et un profit moral. 1. inv. 1720 2. Klaus Ertz, Pieter Brueghel Der Jungen, Lingen, 2000, tome I, p. 75, n° A 24 3. « Kat. 24 ist eine im Detail sehr genaue, etwas harte arbeit in der Nachfolge der Brueghels » 4. Inv GG_1016 et GG_1017 5. Rebecca Duckwitz “The Devil is in the Detail. Pieter Bruegel the Elder's Netherlandish Proverbs and copies after it from the workshop of Pieter Brueghel the Younger" dans Brueghel Enterprises, catalogue d'exposition,Bonnefantenmuseum, Maastricht, 2001 - 2002, p. 59-79
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