Allégorie de la Justice (?) en marbre de Carrare sculpté en - Lot 31

Lot 31
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Estimation :
40000 - 60000 EUR
Allégorie de la Justice (?) en marbre de Carrare sculpté en - Lot 31
Allégorie de la Justice (?) en marbre de Carrare sculpté en ronde-bosse provenant d'un monument funéraire, dos anciennement évidé puis refermé. Debout, la tête imperceptiblement tournée sur sa droite, la jambe droite légèrement fléchie, elle tient une sphère dans la main gauche, celle de droite ayant perdu son attribut; elle est vêtue d'une robe, serrée taille haute par une ceinture délicatement nouée, et d'un manteau retenu sur une épaule dont un pan revient sur le devant; visage ovale aux joues pleines, les yeux un peu proéminents avec les paupières supérieures ourlées, le nez pointu, la bouche menue et le cou lourd; il est encadré de longues mèches ondulées reposant sur les épaules de la chevelure qui est retenue par un cercle de tête, le front ponctué d'une petite boucle tortillée en fort relief; plissé harmonieux en éventail autour de la taille, en nombreuses vagues épousant la jambe droite, en deux chutes aux bords en zig-zag sous le bras gauche; base circulaire. Naples, attribuée à Jacopo della Pila da Milano (actif à Naples, 1471-1502), vers 1473/1481 H. 103 cm (érosion, légers accidents, reprises à l'emplacement de l'ancien attribut tenu par la main droite, dos refermé) Cette sculpture faisait partie d'un groupe, vraisemblablement composé de trois Vertus, ayant appartenu à un tombeau aragonais de Naples ou de sa région réalisé vers 1470/1480. De nombreux monuments funéraires de cette ville répondaient en effet à une typologie maintes fois reprise durant la seconde moitié du XVe siècle : un sarcophage soutenu par des cariatides figurant des vertus cardinales ou théologales. Le sculpteur d'origine lombarde Jacopo della Pila en a réalisé plusieurs, dont celui de Diego Cavaniglia, comte de Montella et condottierre mort en 1481, conservé dans le couvent San Francesco a Folloni (fig. a). Ce monument se présente dans une niche architecturée inspirée de l'Antiquité romaine avec colonnes cannelées et arc en plein cintre, le sarcophage étant soutenu par les vertus de la Prudence, de la Justice et de la Tempérance. Un certain nombre de ces tombeaux commandés par des notables aragonais ont été démantelés aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui explique que des statues en provenant apparaissent parfois sur le marché de l'art. C'est le cas de deux d'entre elles, une Prudence et une Tempérance, mesurant respectivement 108 et 107 cm, réapparues en 2008 chez un antiquaire florentin, puis acquises deux ans plus tard par l'État italien pour le Musée San Martino de Naples (inv. 30356 et 30357, fig. b et c). Elles proviendraient d'un monument funéraire perdu, également construit par della Pila, que le professeur Riccardo Naldi a identifié comme le tombeau de Giovanni Cavaniglia, frère aîné de Diego, décédé avant lui en 1473. Il fut démantelé vers la fin du XVIIe siècle et ses éléments réemployés en 1738 dans le cloître dit des Colonnes du monastère des Olivétains de Naples, où des architectes les intégrèrent à une flèche érigée en l'honneur de la Vierge Marie. Trois Vertus du tombeau de Giovanni Cavaniglia y furent réutilisées avec modification de leurs attributs. Les deux sculptures du Musée San Martino confirment ces transformations : la Prudence a perdu son serpent, et la Tempérance est devenue une Foi tenant un calice. Il serait ainsi tentant de compléter ce groupe avec cette Justice, dont l'épée a été soigneusement effacée. C'est la thèse de deux grands historiens de l'art italiens : Alfredo Bellandi, ancien commissaire de l'exposition des Offices sur la sculpture en bois polychrome au XVe siècle à Florence, dans une expertise datée de 2016 et Francesco Caglioti, professeur à la Scuola Normale Superiore di Pisa, dans une expertise de 2017. L'érosion visible sur ces trois sculptures, s'expliquant par leur exposition aux intempéries pendant plus de deux siècles, vient conforter cette hypothèse. Il existe cependant d'autres tombeaux dont cette Justice pourrait provenir, comme en témoignent plusieurs sculptures de la même veine repérées çà et là: une Tempérance entrée dans les collections du Metropolitan Museum of Art dès 1907 (inv. 07.120.13, fig.d), ou encore une autre Justice, celle-ci ayant conservé son épée, proposée par une galerie londonienne. Les expertises d'Alfredo Bellandi en date du 6 octobre 2016 et celle de Francesco Caglioti du 11 février 2017 pourront être communiquées à l'acquéreur.
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